Le sous-marin et le distributeur

La Terre tourne sur elle-même et autour du soleil. Puisque la lumière et la chaleur de cet astre radieux nous parviennent régulièrement, c’est que ça tourne rond. En revanche, les habitants de notre planète, eux, ne tournent souvent pas rond.

 

Par exemple, j’ai eu en main un bulletin d’information d’un Comité d’Interpartis pour la « Protection contre la sexualisation à l’école maternelle et à l’école primairei ». Le sexologue Helmut Kentler, mort en 2008, défendait un principe : « Le sexe avec les enfants n’est pas un abus, mais un droit de l’enfant ! Le droit de l’enfant à satisfaire ses besoins sexuelsii. »

 

Quand je lis ce genre de citation, je peux rester indifférent(e), approuver son auteur, ou avoir l’estomac qui se noue et le blâmer.

 

Dans la première situation décrite, j’applique la politique de l’autruche. Je refuse de voir le danger qui résulte de pensées tordues, tant que cela ne me touche pas personnellement.

 

Dans le deuxième cas, il est inutile de palabrer. Je laisse les psys le faire à ma place.

 

La troisième possibilité offre, quant à elle, la faculté de réagir de deux manières.

J’aime prendre des photos de la nature.Après « la baleine » dans l’article précédent, voici « le sous-marin »,(calanque de Port d’Alon dans le Var, France).

1. Je peux être bouleversé(e), au point de ne pas supporter la réalité de paroles aussi destructives. Alors, je décide de devenir un sous-marin. Au commencement, je me tiens à quelques mètres au-dessous du niveau de la mer. Je me sens protégé(e), comme un enfant qui baigne dans le liquide amniotique dans le sein de sa mère. Il se laisse balancer dans ce milieu liquide. Cela lui permet de supporter certains mouvements brusques de sa génitrice, comme je peux encaisser les mauvaises nouvelles. Toutefois, à force d’en emmagasiner, leur nombre en devient trop grand. Alors, les mauvaises nouvelles m’incitent à plonger plus profondément. J’atteins finalement le fin fond des abysses, la fosse des Mariannes, par exemple, à une profondeur d’environ -11’000 mètres. (À cet endroit de la planète, on peut y couler le Mont Everest.) Je dois y affronter une autre réalité, celle de l’obscurité et du manque de nourriture. Le milieu ambiant devient rapidement un nouvel ennemi. Vivre seul(e) et en retrait de la société ne rend donc pas mon sort plus enviable. Sans lumière, je me heurte au moindre obstacle sans me remettre des coups reçus, de mes blessures. Je suis paralysé(e) par mes peurs qui m’empêchent de faire de l’exercice physique. Pourtant, bouger est indispensable à la santé du cœur. L’immobilité donne aussi libre cours à la rouille pour attaquer mes articulations. Je dépéris de jour en jour. De quoi avoir des idées noires. Mais tout n’est pas perdu. Comme le mésoscaphe d’Auguste Piccard a été restauré, ma vie peut être revivifiée.

Le mésoscaphe « Auguste Piccard »que j’ai photographié à Morat pendant l’Exposition nationale suisse de 2002, avant sa restauration.

2. Je suis bouleversé(e). Toutefois, cette seconde alternative est nettement plus réjouissante. Je vais m’informer sur les nouvelles internationales, sans m’en nourrir si elles sont mauvaises. Je pense que si je ne peux pas changer le monde, j’ai la possibilité de l’influencer par mon attitude. Je décide d’être un distributeur de mille petites choses qui changeront le quotidien de mon entourage. Dans un bus, par exemple, avez-vous déjà compté les « bobines » qui expriment le désespoir, comme si le rouleau compresseur des mauvaises nouvelles les menaçait sans répit ? Un simple sourire peut déjà adoucir la journée d’un individu qui vit un cauchemar. Il est possible qu’à l’avenir, il ne s’identifie plus à un quidam qui n’a droit à aucune attention. Ne soyez pas étonnés si des voisins viennent vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année. Banane aux lèvres, ils débarquent chez vous les bras chargés d’une bonne bouteille de vin et d’un bouquet de fleurs parfumées. Peut-être que vous ne comprendrez pas immédiatement pourquoi ils vous trouvent sympas, jusqu’à ce qu’ils vous parlent de la friandise au chocolat de bienvenue que vous leur avez offert le jour de leur emménagement. Ces voisins, je les connais. Il s’agit de la famille qui me permet de vous écrire sur ce site, grâce à leur aide pratique et indispensable à sa réalisation.

Juliette, mon héroïne, est du genre à trouver que toute cette histoire, c’est un truc de ouf. Elle considérerait que le sort du sous-marin est insupportable. Cependant, pour être un distributeur, il faut, premièrement, que celui-ci soit approvisionné. Qui peut donner, quoi que ce soit, sans l’avoir préalablement reçu ? De cette question, pour ceux qui se la posent, en découle une autre. Quoi et/ou qui peut permettre un changement de vision radical ? Juliette est du genre à se creuser les méninges quand un sujet la tarabuste, comme celui-ci.


i Comité interpartis « Protection contre la sexualisation à l’école maternelle et à l’école primaire », 4142 Münchenstein, no 10, décembre 2014, p. 1. Quelles que soient nos opinions politiques, il est intéressant de jeter un coup d’œil sur le propos de Mme Suzette Sandoz, conseillère nationale vaudoise, qui précise que l’initiative n’a pas pour but la suppression des cours d’éducation sexuelle.

ii Comité interpartis « Protection contre la sexualisation à l’école maternelle et à l’école primaire », CH-4142 Münchenstein, no 10, décembre 2014, p. 5