Le nageur et la lanterne

J’ai apprécié la lecture de la chronique de l’humoriste Sandrine Viglino[i] qui a trait à l’automne. Elle me ressemble, parce qu’elle voit le verre à moitié plein, plutôt que le verre à moitié vide. Je n’ai pas pu m’empêcher d’ajouter un commentaire à son article dans le courrier des lecteurs. Plus bas, vous trouverez un copier/coller, mais seulement de l’un des paragraphes que j’ai rédigé pour le magazine Migros.

 
L’automne à Lausanne, Suisse, la ville de Juliette :

Un jardin sur un balcon

Parc de Valency

Parc du Denantou

Vidy

Je cite Sandrine Viglino : « Mais non : l’automne, ce n’est pas l’hiver, sinon « Il » n’aurait pas fait deux saisons ». Cela sous-entend leur utilité à chacune.

Bien sûr, de même que nous avons davantage d’affinités avec certaines personnes, plutôt qu’avec d’autres, des gens se sentent « être comme un poisson dans l’eau » au printemps et en été. À l’inverse, l’expression peu, voire plus utilisée de nos jours : « Être comme un poisson hors de l’eau », caractérise l’état d’esprit d’autres humains en automne et en hiver. Pourtant, je ne vois pas que des poissons dans le lac Léman, mais aussi des nageurs toute l’année, bien qu’en saison froide, ils soient peu nombreux.

Un nageur solitaire dans le lac Léman et des canards… par « un froid de canard ! »

Ces derniers jours, j’ai entendu une mésange chanter à tue-tête sous ma fenêtre avant l’aube. J’étais heureuse de constater son allant, alors que nous ne sommes ni au printemps, ni en été. Bien plus alors, je l’ai entendue un autre matin quand la pluie battait son plein. J’étais d’autant plus satisfaite de sa bonne humeur. « Voir les choses tout en noir » est une expression utilisée pour anticiper ce qui pourrait arriver en mal. Ce volatile a vraisemblablement décidé de ne pas s’y conformer, même si la saison est soi-disant mauvaise, ou bien pire si la tempête sévit.

Les saisons, j’en parle continuellement dans « Le coffret à trésors », car elles rythment le « fil des couleurs et des gris/blanc » d’une année de vie de Juliette, et de son entourage plus ou moins proche. Au sens propre, la nature déploie ses atouts qui diffèrent d’une saison à l’autre, chacune cédant sa place à la suivante le moment venu, sans se chipoter. Au sens figuré, le poète voit les couleurs ou les gris/blanc, non seulement de ses yeux physiques, mais aussi de ceux de son cœur où sont logés les sentiments, les émotions. Si j’étais à sa place, le noir seul ne m’inspirerait pas mais m’attristerait.

Tout ça, c’est bien beau. Toutefois, que peut-on en retirer chaque jour que l’on respire ?

Notre quotidien peut être vécu sous un soleil étincelant ou à la lueur d’une bougie qui brillera, grâce à une allumette frottée. Une petite lumière permet d’éclairer une pièce entière. Il est réconfortant de savoir que l’obscurité ne peut pas étouffer une étincelle quand on y veille. En effet, une petite flamme, si fragile soit-elle, restera allumée, à moins de la souffler nous-mêmes. Car si elle se trouve à l’intérieur d’une lanterne, les parois transparentes lui permettront d’éclairer, sans permettre au vent, d’où qu’il vienne, de la faire mourir. Le noir, ce serait bien sûr la mort, pas forcément physique, mais de nos rêves. Mais quand tout paraît noir, ne perdons pas espoir ! Un petit rien, une rencontre, peut allumer une nouvelle étincelle qui sera un renouveau salvateur. Et pas seulement pour les autres, mais aussi pour vous et moi !

 

 

Sur la gauche, une lanterne en automne, et sur la droite, un pavillon qui me fait penser… à une grande lanterne, mais cette fois en hiver.

L’automne est plus frais que l’été, certes, mais ses couleurs sont magnifiques, et sous un soleil radieux, elles le sont encore davantage. Quand les arbres, mais pas tous, ont perdu leurs feuilles, les teintes des paysages passent au gris avec ses nuances souvent bleutées et/ou très claires. Et le blanc ? Il est si beau quand il s’apparente à la neige, même si elle est froide, voire glaciale. Les jours raccourcissent, bien sûr, mais n’oublions pas que dans un peu plus d’un mois, ils vont déjà rallongés.

En définitive, « errer comme une âme en peine » est-elle notre seule alternative ?

Je me sens privilégiée d’avoir le chauffage central dans mon logement, et la chaleur dans mon cœur en toutes saisons. Je souhaite la partager avec vous. C’est la raison qui m’a conduite à rédiger « Le coffret à trésors ». Alors, ne vous en privez pas ! Il est là pour vous.

Pour conclure, recherchons à être, chacune et chacun, « comme un poisson dans l’eau », également en automne et en hiver ! L’eau est froide, c’est clair. Cependant, ce n’est pas parce que la tempête se déchaîne au-dessus de nos têtes que nous devons lui donner une taille gigantesque. Nous ne sommes ni à la portée du souffle du vent et de la pluie pour nous renverser, ni des éclairs et du tonnerre pour nous effrayer.

[i]Magazine Migros 42, 17.10.2016, « C’est l’automne, je l’adore. » de Sandrine Viglino, http://www.migrosmagazine.ch/societe/chroniques/article/c-est-l-automne-et-je-l-adore