La tortue et le cygne

Si on s’amusait un peu… À quel animal souhaiterions-nous ressembler ? Une tortue si on joue au dur, ou un cygne si c’est bon signe ? Un animal en chair et en os, ou destiné à être haché menu comme chair à pâté ?

Citation de Juliette, la jeune fille de mon roman :

« Penser que tout peut arriver à mon insu me fait flipper. Du coup, j’en ai la chair de poule. Pourtant, je ne peux rien contre la fatalité. »

La salle d’attente

L’autre jour, après une attente prolongée dans le hall d’entrée d’un immeuble, j’ai réalisé que la personne que j’attendais ne viendrait pas, pour une raison indépendante de ma volonté. Ma situation me laissait espérer qu’une autre réponde présent, car j’avais besoin qu’on me donne un coup de pouce. Après une attente prolongée, un individu a surgi par la porte d’entrée donnant accès à ma salle d’attente improvisée. Sans hésiter et avec une joie débordante, je lui ai lancé : « Ah, c’est vous ! », avec un point d’exclamation et non d’interrogation. Il s’agissait bel et bien d’une affirmation et non d’une question. À croire que sa présence m’était si bénéfique qu’il ne pouvait être que la personne que j’espérais. Surpris, il m’a répondu, la banane aux lèvres, « Oui, c’est moi ! Et vous, qui êtes-vous ? ». J’ai compris que ce n’était pas mon homme et nous avons beaucoup ri de cette situation cocasse. Elle m’a permis de m’en payer une tranche, sans sortir un sou pour une séance thérapeutique de rigolade.

Le hall de gare

Ma « salle d’attente » s’est finalement transformée en hall de gare, suite à un défilé impressionnant de personnes qui avaient rendez-vous dans le bâtiment et qui me croisaient pour la seconde fois, leur entretien terminé. Piquées de curiosité, elles me demandaient la raison de ma présence prolongée, mais sans penser à me proposer de l’aide. Elles étaient sans doute déjà très préoccupées par leur propre situation. D’ailleurs, c’est moi qui les écoutais, les dépannais, sur demande. Du temps à tuer qui a pourtant son pesant d’or. Pour exemples, une dame ne savait plus chez quel dentiste elle avait rendez-vous. Finalement, elle s’était trompée d’immeuble. Une autre m’a questionnée sur un médicament. Tous ces gens étaient aimables et j’étais heureuse de partager quelques minutes de leur vie avec eux.

Tuer le temps est un concept que je ne partage pas. Le gaspillage du temps se fait premièrement à notre détriment, car on se prive de la possibilité d’en profiter. Le temps nous permet de saisir des opportunités enrichissantes pour soi-même et si possible aussi pour les autres, quand nous les saisissons.

En définitive, ce temps que j’ai passé dans le hall d’un immeuble n’a finalement pas été si long. J’arpentais l’espace à ma disposition, entre deux rencontres, mais contrairement à François Bonivard, prisonnier au château de Chillon, mes empreintes de pas ne se sont pas incrustées sur le sol à force de marcher. Pourtant, mes petites interventions se seront peut-être incrustées dans le cœur de mes interlocuteurs. Ce n’est pas impossible et c’est tant mieux.

Vue sur le château de Chillon à Montreux, au bord du lac Léman, en Suisse.

En effet, qui n’a pas besoin d’un peu d’attention, sans pour autant se prendre pour le nombril du monde ?
Cela me fait penser à mon parfait inconnu, si agile qu’il aurait pu passer dans ma vie aussi rapidement qu’un éclair. À ma méprise, il n’a pas été froid comme la pierre, puisqu’on s’est bien amusés. Il m’a aussi donné le sentiment d’exister, en me proposant d’appeler un taxi. (Tiens ! J’aurais dû lui demander d’être mon ami sur les réseaux sociaux, un terme bien approprié en de telles circonstances.)

Le sauveur

Mais quel fut l’aboutissement de mon aventure ? Si je suis devant mon ordinateur pour vous l’écrire, c’est que je suis de retour chez moi. Finalement, c’est Max qui a été appelé à la rescousse. Ce monsieur n’est pas chauffeur de taxi. Cela devait être lui et pas un autre. Disponible pour le service, il a été choisi et son intervention me permet aujourd’hui de conclure mon histoire avec un happy end.

Choisi ? Mais par qui ? N’est-t-il pas plus sûr de s’adresser à Dieu qu’à ses saints ? Il est vrai qu’on ne sait jamais trop à quel saint se fier pour se tirer d’affaire, n’est-ce pas ? L’imperfection de l’être humain, à commencer par la nôtre, nous conduit souvent à douter de ses capacités à vivre en harmonie avec ses pairs.

De plus, je ne parle pas des « salles d’attente » où nous parquent les défis de l’existence qui surviennent et ne dépendent pas toujours de nous. Allons-nous nous laisser limiter par leurs dimensions et sans laisser la lumière y pénétrer ? Car au-dessus de tous les petits chefs et les plus grands chefs, il y a quelqu’un qui garde pourtant le contrôle sur tout, et non une ou des choses privées d’identité personnelle. Seul un être bien vivant, avec un cerveau pour penser, peut concevoir l’univers et tout ce qu’il contient.

Une idée préconçue

Malheureusement, tout ce qu’on ne voudrait pas voir nous arriver n’atteint pas toujours que les autres ! Nous pourrions même être enfermés en un lieu particulièrement obscur. Être tétanisés par la crainte, par moments, est compréhensible, mais éviter la paralysie est fortement recommandé. C’est donc le but à viser pour ne pas être anéantis.

Une question adéquate

À quoi pouvons-nous tendre au fil des jours, en toute logique, quand les défis nous enferment de plus en plus ? À voir des volets fermés à ouvrir pour voir la lumière… et nous diriger vers elle, répondant à l’invitation de celui qui en est la source pour nous laisser aimer de lui, le Sauveur par excellence. (En fait, le connaissez-vous ?) Mais pour voir dans la nuit, il faut entraîner nos yeux à voir… l’invisible en apparence.

Des volets fermés à Pully à 3 kilomètres à peine
du centre-ville de Lausanne.

Des volets ouverts à Sempach à 17 kilomètres
environ de Lucerne, aussi en Suissei .

Il reste à faire un choix…

La tortue

Veiller à garder la tête hors de l’eau, par habitude, est bien mais insuffisant. En effet, la vue des échecs des autres et de nos propres difficultés nous conduisent à nous protéger jusqu’au déni si nécessaire pour endurcir la « carapace » de résistance, dont nous couvrons nos vies. Elle devient notre meilleure amie. Mais nous ne sommes pas des tortues pour cacher vite fait tête et pattes qui pourraient encore être atteintes. Nous mangeons, buvons, nous amusons, et soudainement, sommes moins vigilants. Cette confiance aveugle en cette amie carapace peut donc nous surprendre, car peu à peu notre esprit s’endort, puis se paralyse. Notre proximité avec elle ne la rend donc pas invincible, car une carapace peut un jour ou l’autre se fissurer. Une fissure la rend assez rapidement entièrement vulnérable. À ce stade, on est à ramasser à la petite cuiller. Respirer un bon coup ne suffira pas à nous calmer.

Le cygne

Alors, où trouver l’appui sûr ? Vers le ciel, si c’est en haut que nous portons notre regard, comme le cygne sur la photo. Décider de ne pas dépendre de nos propres forces, si ce n’est de celles qui nous permettent de persévérer dans cette voie, est à notre portée (avec un chouia d’humilité, c’est plus facile !) Ce n’est ni plus ni moins une personne au-dessus de toutes les autres, notre Créateur, qui l’affirme. Après, on y croit ou on n’y croit pas. C’est le libre arbitre.

La beauté de la faune du lac Léman.

Les voyageurs

Je termine avec un passage de l’histoire de deux voyageurs en Macédoine, incarcérés après avoir été roués de coups, bien qu’innocents, et qui continuaient pourtant à lever les yeux vers le ciel.

« Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient et chantaient les louanges de Dieu, et les prisonniers les entendaient. Tout à coup il se fit un grand tremblement de terre, en sorte que les fondements de la prison furent ébranlés; au même instant, toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous les prisonniers furent rompus. »ii

Ils savaient que leur force de vaincre ne pouvait venir que de Dieu. Qui n’est pas souvent déçu de ses réactions et de celles des autres ? Mais nous pouvons avoir l’assurance que nous ne le serons jamais de Dieu qui nous aime parfaitement.

Le temps d’une vie, nous sommes tous des voyageurs sur la Terre. Arrivés nus, nous la quitterons de la même manière. Notre cœur, lui, aura cependant choisi de s’enrichir ou de se ruiner, ce qui, par voie de conséquence, déterminera la suite…, de quoi se réjouir ou se lamenter. Voilà un autre sujet à aborder si on a un peu d’amour pour soi-même, rien qu’un petit peu.

Devise de Vincent Perdonnet (1768-1850) et de sa famille sur leur maison de maître. Vous la découvrirez au Parc de Mont-Repos à Lausanne.

[i] Le nom de l’artiste de la sculpture en bois m’est malheureusement inconnu. Elle est exposée dans un jardin privé, dont je ne connais pas le propriétaire. Si l’artiste reconnaissait son travail, ce serait avec joie que j’insérerais son nom dans mon article.
[ii] Livre des Actes, chapitre 16, versets 25 et 26. Le commencement et la suite de cette histoire est à découvrir dans le chapitre entier dans la Bible.