À nos agendas !

Les fêtes sont l’occasion de remplir nos agendas de rendez-vous qui sortent de l’ordinaire, de ceux dont on voudrait se souvenir avec grande satisfaction. Nous privilégions des rencontres en famille, entres amis, voisins et collègues. Nous nous engageons dans des activités avec des sans-abri, visitons des résidents en établissement médico-social et des personnes hospitalisées. Pour ce qui concerne Jésus, ceux qui le connaissent comme leur grand ami, Sauveur et Seigneur, il sera fêté toute l’année.

Avant Juliette dans « Le coffret à trésors », au moins une personne à Lausanne, que nous appellerons Éden[i], savait que Jésus n’était pas né un 25 décembre, mais plus vraisemblablement en automne.

Mais au 4ème siècle, l’empereur Constantin en avait décidé autrement[ii].

Cependant, si Noël a sa raison d’être pour les chrétiens, c’est bien parce que cette fête est le jour choisi pour être l’anniversaire de Jésus, bien que tout croyant soit appelé à vivre dans la présence de Dieu toute l’année.

Je vous souhaite un très Joyeux Noël, et qu’en cette nouvelle année, votre Paix ne dépende pas des circonstances favorables ou non. Elles sont changeantes, au point de ne pas pouvoir s’y fier.

J’ai pris cette photo en décembre 2016 à l’hôtel Tulip Inn à Lausanne-Beaulieu, en Suisse

Deux histoires de vie

Éden ne peut pas être Juliette, car l’histoire de cette dernière a été publiée en avril 2015, donc écrite avant décembre de cette année-là où eut lieu, la nuit de Noël, un événement très particulier. Pourtant, Éden a bien une chose en commun avec l’un des proches de Juliette. Comme lui, elle était aussi hospitalisée à Noël, mais plus tard, et justement en 2015.

La nuit de Noël 2015, un fait marquant rarissime nous a émerveillés. La lune était pleine et cela n’était pas arrivé depuis 38 ans, en 1977. Conformément à l’avis des scientifiques, la prochaine fois aura lieu seulement en 2034[i].

La pleine lune la nuit de Noël a été pour Éden un véritable cadeau, comme un message descendu tout droit du ciel, une fleur à sa portée qu’elle a cueillie dans le jardin, celui du prénom qu’elle s’est donné.

De deux clics, son appareil photo a immortalisé cet astre lumineux, parce qu’il réfléchit la lumière du soleil. Le plus extraordinaire est qu’un changement inattendu s’est opéré sous ses yeux entre deux prises de vue. En effet, l’éclairage naturel s’est modifié, sans intervention ni de la lune, ni d’une main humaine. Ces photos n’ont pas été retouchées.

La lune sur la première diffuse une lumière blanche, comme le teint pâlot d’Éden cette nuit de Noël. La seconde est signe d’une métamorphose, quand la couleur de ce corps céleste a soudainement tiré sur le jaune. Éden se met à espérer. Un jour, elle aura bonne mine comme la lune.

Juliette connaît suffisamment le centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), à Lausanne, pour lui avoir permis d’y faire une belle découverte. Si celle-ci vous a échappé lors de la lecture de son histoire, voici l’occasion de vous la rappeler par l’une de ses citations dans « Le coffret à trésors ».

Une fois notre voiture garée près de l’hôpital, nous fonçons vers l’entrée qui conduit aux auditoires. C’est là, contre un mur, qu’apparaît la citation du célèbre chirurgien français Ambroise Paré : « Je le soignai, Dieu le guérit. » Je la connaissais mais sans plus. Aujourd’hui, elle accroche mon regard. J’admire la simplicité de cet homme, le père de la chirurgie moderne. Il a vécu au 16ème siècle et a été ni plus ni moins le toubib de quatre rois : Henri II, François II, Charles IX et Henri III. Il devait être le point de mire des aristos et des bourgeois de son époque, sans parler de ses collègues moins érudits. Pourtant, il ne s’est pas monté la tête. Il a boulonné tout en poussant Dieu vers le haut afin de dynamiser les consciences.

La vocation

Non seulement Ambroise Paré pratiquait la chirurgie par vocation, mais en plus, il n’en tirait aucune gloire. Qui ne serait pas reconnaissant, encore aujourd’hui, d’être pris en charge par un médecin qui lui ressemblerait ? Heureusement, ils existent, et aussi parmi les autres soignants. De sources sûres, on a reproché à deux infirmières d’avoir de l’empathie envers leurs patients. Est-ce de l’humour noir ? Malheureusement, c’est la vérité. Ce mal-jugé a cependant le mérite de nous rappeler l’importance de la vocation.

Le terme « vocation » ne devrait-il pas avoir du sens pour ceux qui choisissent une activité professionnelle où ils sont confrontés à des êtres vivants ? En fait, ce mot devrait être utilisé pour tout engagement, quel qu’il soit. En principe, les personnes qui s’investissent dans le bénévolat le font d’office par vocation, sinon cela n’aurait pas de sens. Alors, pourquoi une personne salariée n’aurait-elle pas la présence d’esprit de concevoir qu’un tel privilège, être rétribuée, devrait la motiver à agir non seulement avec l’intellect, mais aussi avec le cœur ? Ceux qui travaillent dans la chaîne alimentaire ne devraient-ils pas déjà se soucier de la santé des consommateurs ? Ceux qui sont occupés dans des services d’hygiène, à commencer par celui qui nettoie nos rues, ne devrait-il pas s’y adonner courageusement, pensant non à ceux qui considèrent les lieux publics comme une poubelle, mais en se focalisant sur les jeunes enfants qui ramassent tout ce qui traîne ? Les puissantes sociétés pharmaceutiques, si lucratives, ne devraient-elles pas se préoccuper, avant tout, des effets des médicaments sur les consommateurs ?

La réflexion d’Éden

Bien avant le 25 décembre 2015, Éden a fait quelques pas à l’extérieur du centre hospitalier pour prendre un bol d’air et emmagasiner de la vitamine D, grâce à la lumière du soleil. Dans sa chambre, elle ne pouvait pas ouvrir la fenêtre pour raison de sécurité, à cause des échafaudages. Elle était donc très heureuse de profiter à deux reprises de la douce chaleur des belles journées automnales. Elle s’est assise sur une chaise, le temps de réfléchir. La question brûlante qu’elle se posait était de savoir si elle pouvait se fier entièrement à ceux en qui elle avait placé sa confiance. Tous avaient-ils agi par vocation ?

Jusque-là, certaines de ses expériences l’avaient déjà conduite à pardonner quand cela s’avérait nécessaire.

Ce choix délibéré lui permet de se décharger d’un fardeau trop lourd. Elle puise sa force, grâce à celui en qui elle se confie. Il prend le contrôle sur les défis de son existence quand elle le laisse agir. La vie est parfois injuste, à cause du libre arbitre des hommes. Mais elle sait que Dieu demeure juste et aura toujours le dernier mot, malgré les apparences.

Elle sait aussi que l’être humain est imparfait. Le port d’un uniforme, la blouse blanche pour les soignants, sert parfois abusivement leur cause, en vue de leur protection. Ambroise Paré, comme d’autres aujourd’hui, considérait le patient avant tout comme une personne, et se faisait un devoir de la respecter et de l’écouter. Ce sont des valeurs qui se perdent quand le personnel médical, à cause de ses limites, et parfois aussi par orgueil, ou alors par vanité, remet en cause le patient. En ces circonstances, il devient un « mauvais élève » quand il ne répond pas aux traitements selon ses attentes, et on le lui fait trop souvent payer. Une façon d’agir radicale, et de plus en plus utilisée à toutes les sauces, est de refiler la patate chaude à un collègue psychiatre. Du coup, de la fête de Noël en cette période de l’année, nous passons à la crucifixion de Jésus. Ponce Pilate savait que cet homme, à la fois humain et divin, était innocent des crimes dont on l’accusait, mais il s’en est lavé les mains . C’est une manière déplorable de se débarrasser d’une situation embarrassante. En revanche, quand Éden aperçoit un médecin en blouse blanche à l’autre bout du couloir, qu’elle le voit s’approcher et sait qu’il mérite toute sa confiance, parce qu’il est prêt à s’investir pour elle, elle ne peut que lui sourire et lui faire bon accueil. Il fait honneur à sa profession. La blouse blanche devient un trait d’union entre le soignant et le patient.

Un médecin dans la crèche aux cinq sens exposée cette année à l’église du Sacré Cœur à Lausanne[i].

Revenons au pardon. Qu’en est-il de ceux qui ne savent pas reconnaître leurs torts ? Le pardon est tout aussi réel pour eux que pour les autres. Il chasse l’amertume et la haine, même si Éden ne sera plus en confiance avec ceux qui n’ont pas été à ses côtés quand elle en avait le plus besoin. Reconnaître s’être trompé n’est facile pour personne. Il faut laisser du temps au temps… Mais Éden fait partie de ces gens qui apprennent la patience et qui ne cesseront jamais d’espérer le meilleur en toute occasion.

Elle a concocté quelques phrases, le reflet de son vécu que je vous transmets en encadré. Un passage sera probablement lu prochainement à l’occasion d’une interview dans une émission télévisée. L’article que vous avez sous les yeux complétera les séquences filmées qui seront diffusées pour remplacer partiellement celles qui ne le seront pas. Une équipe de tournage a passé huit heures avec elle, une bonne et belle expérience, bien qu’épuisante.

Un chemin douloureux de patience et de persévérance

Peut-être avez-vous fait des courses d’escargots avec vos amis quand vous étiez enfant? Si aujourd’hui j’étais l’un de ces gastéropodes, je serais de toute manière parmi ceux qui termineraient la course. Pourtant, celle-ci n’est pas toujours aisée. Imaginez un instant qu’un géant vienne marcher, sans vergogne, sur la coquille de l’un de vos mollusques. Je ressemble à cet escargot. Il portait sur le dos une jolie coquille et moi une colonne sans tassement ou hernie. Je prenais grand soin de ces vertèbres qui me portaient. Mais telle une coquille, elles ont été brisées, fracturées en grand nombre par un colosse. Ma course est ralentie, mais je remporte la victoire chaque jour, en continuant à avancer. Ne pas abandonner est essentiel.

En séjour de réadaptation après deux premières hospitalisations, j’avais dit aux médecins que je n’étais pas un ver de terre, mais une chenille qui se métamorphoserait en papillon. Cette image leur avait plu. Pour cette transformation, la chenille s’accroche à une branche comme je l’ai fait moi-même, me la représentant telle une source rafraîchissante qui me permettrait d’aller de l’avant. Cela m’a permis de garder intact mon espérance, en vue du meilleur. Décider de tisser mon fil de soie était essentiel pour vivre dans l’assurance d’une guérison. Ensuite, un grand chambardement à l’intérieur de la chrysalide permet aux organes du papillon de se réorganiser. Ce passage est indispensable pour le bon déploiement de ses ailes. Je me souviens avoir été gênée dans ma respiration, particulièrement lors de mes promenades. Ma colonne mise à mal avait provoqué des changements dans mon corps. Mais ce n’était pas une raison pour cesser de marcher. J’utilisais un rollator et rêvais d’un retour à la maison, sans en avoir besoin. Alors, sans n’en parler à personne, je m’exerçais à le lâcher sur de courtes distances. Cependant, les douleurs augmentaient, et un médecin m’a dit que je devais momentanément cesser de le faire, attendre que ma colonne se fortifie. J’ai dû accepter de retourner chez moi avec un rollator. Peu à peu, des bâtons l’ont remplacé. Cela me donne une allure plus sportive.

Aujourd’hui, j’ai émergé de ma chrysalide, mais je n’ai pas encore pris mon envol. Cependant, je bats déjà des ailes. Elles étaient chiffonnées, mais je me suis appliquée à les rigidifier. Le papillon est obligé de leur donner du temps pour sécher. Il doit user de patience, avant de s’envoler. Son moral dépendra de sa persévérance à l’endurance. Sans elle, il ne peut pas y avoir d’aboutissement à ses efforts. Pour un papillon, le défi est rude mais peut être relevé, malgré sa fragilité. Il en est de même pour moi. Par choix, je garde mon espérance du début. Je garde le cap. Une doctoresse m’a dit un jour qu’avec une colonne dans un tel état, il serait difficile de ne plus souffrir. Je la remercie pour sa franchise, car j’apprécie quand le corps médical me dit la vérité ou me parle de ses doutes, ou de ses erreurs. Ma planche de salut est que je crois aux miracles pour en avoir déjà vécu dans ma vie.

Papillon qui n’avait d’yeux que pour moi.
Je l’ai photographié près du village de Ropraz dans le canton de Vaud, à 17 kilomètres environ de Lausanne.

Pour conclure, celui qui accorde de l’importance à son temps le vivra toujours comme une vocation, quelles que soient ses activités. La vocation conduit partout à des échanges, des relations de qualité avec les autres, bien qu’il y ait certains lieux qu’on ne choisirait pas pour passer les fêtes. Cependant, si on considère celui qui est visité comme plus important que l’endroit où il se trouve, la partie est gagnée pour tout le monde. Ce sont donc des rendez-vous à agender, également en fin d’année. Fournir des efforts par un engagement personnel, de part et d’autre, c’est espérer au-delà de toute espérance. On en retire que du bonheur.

Grâce à sa famille qui l’a bien entourée, Éden gardera un merveilleux souvenir de ce Noël 2015, malgré sa condition physique attristante.

Éden reçoit d’une amie des friandises qui lui rappellent que c’est Noël.

Entre les mains d’Éden, les petits biscuits se transforment en bricolage. Elle rêve de son retour à la maison.

Les séjours en milieux hospitaliers se succèdent. Photo hivernale prise depuis l’hôpital de Lavaux à Cully au bord du lac Léman, à une dizaine de kilomètres de Lausanne.

Histoire affichée dans le parc de la clinique de la Lignière à Gland, sur la Côte au bord du Léman, à 35 kilomètres environ de Lausanne.

Si je me réfère à mon dernier article, « La vallée et la montagne », https://www.miletto.ch/30-octobre-2017.html, grâce à la lune et à sa famille en 2015, Éden a eu une nuit et un jour de Noël qui ont permis à sa montagne de se réduire en butte.

[i] Ce prénom signifie « Paradis ». Il évoque un endroit merveilleux, tel un jardin verdoyant où il fait bon vivre. Si Éden y parvient dans son être intérieur, à défaut de toujours y réussir extérieurement, dans le monde matériel, elle en retirera de la joie.
[ii] À cette époque, le 25 décembre tenait lieu à un jour d’adoration, celui du soleil, le dieu Mithra. Le souverain romain a institué la naissance du Fils de Dieu le jour du solstice d’hiver pour remplacer la fête païenne de cette étoile, la plus proche de la Terre. De nos jours, on peut se poser la question de savoir si Noël n’est pas devenue la plus païenne des fêtes chrétiennes ou la plus chrétienne des fêtes païennes, comme le laissait entendre avec ironie l’humoriste Pierre Desproges. Certains poètes disent probablement de lui qu’en 1988, il a quitté Paris, la ville lumière, pour rejoindre les étoiles. L’intelligence de l’être humain lui a permis de reproduire la lumière du soleil artificiellement pour s’éclairer de nuit, notamment grâce à l’électricité. Mais ceux qui ont refusé qu’un astre magnifique, telle cette étoile, ne soit pas le fruit du hasard, sont-ils certains de poursuivre leur vie dans la lumière, ailleurs ? C’est une évidence pour d’autres, pour ceux qui ont foi en un Sauveur. Ils font partie des chrétiens authentiques qui n’ont pas honte de l’Évangile.
[1]http://www.midilibre.fr/2015/12/24/pleine-lune-le-soir-de-noel-ce-n-etait-pas-arrive-depuis-38-ans,1262081.php

[iii] Ceux qui auront vu, par exemple, l’émission « Enquête de santé » qui a été diffusée mercredi 08.11.2017 sur la chaîne française, la 5, comprendront de quoi je parle. Le sujet traité était : « L’ostéoporose : vraie menace ou fausse maladie ? « 

[iv] Il est de mise pour le personnel soignant de porter une blouse blanche. Elle peut déjà impressionner le patient. Premièrement, sa « couleur » en impose davantage que le noir. Il est reconnu qu’une personne qui souhaite donner aux autres l’apparence d’être plus mince que la réalité choisira de porter des vêtements foncés. Secondement, une blouse médicale est plus ample qu’un habit près du corps. Celui qui l’a sur le dos paraît donc plus imposant. Mais tout médecin qui le souhaite peut franchir aisément cette barrière avec son patient. La blouse du médecin peut, dans le cas contraire, avoir un impact sur le patient, en lui rappelant son pouvoir. N’est-ce pas lui qui a étudié pendant de longues années ? Si quelque chose tourne mal, n’est-ce pas le patient, le plus ignorant, qui devient un « mauvais élève ?

[v] « Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau, se lava les mains en présence de la foule, et dit : Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde. » Évangile de Matthieu, chapitre 27, verset 24.

[vi] Une photo qui me permet de relever le travail créatif de Créa Calame d’Yverdon-les-Bains et Maurice Bianchi de la Chaux-de-Fonds, en Suisse. Ces deux artistes passionnés sont un bel exemple à citer, quand on parle de vocation. Je les remercie chaleureusement de me permettre de partager une des scènes de leur magnifique crèche. Un rendez-vous agendé pour une petite photo, prémices d’une belle amitié. http://www.pasaj.ch/creche-aux-5-sens-a-leglise-du-sacre-coeur/