La baleine et Yves Montant

La baleine

De la calanque de Sugiton, près de Marseille, j’ai vu une baleine. De taille imposante, elle peut barrer le chemin à celui qui veut prendre le large, être libre. Comment ne pas se sentir paralysé devant un problème aussi énorme ? Je dirais que c’est possible en connaissant la vérité.

Premièrement, ce mammifère marin ne va croquer personne de ses fanons. Il n’a pas de dents acérées. Et s’il se trouve que nous voyons sa gueule d’un peu trop près, le filtrage se déroulera plutôt bien. Vu que nous sommes en principe une proie trop volumineuse, nous serons aussitôt recrachés dans la mer.



Mais surtout, si je la regarde, je m’aperçois qu’elle est en pierre et donc incapable de bouger.


En conséquence, nous n’avons plus d’excuse pour crier sur les toits que nous ne pouvons pas poursuivre notre route. En effet, les limitations de cette fausse baleine la rendent impuissante dans le jeu du chat et de la souris.


Et pourtant… elle est là. Malgré cela, la solution est à notre portée, ça crève les yeux. Il suffit de contourner l’obstacle pour gagner le large. Cependant, la difficulté n’aiguise pas toujours la volonté. L’être humain a une capacité d’adaptation inouïe qui peut lui faire croire qu’il doit s’accommoder de tout. Ce n’est pas « la baleine » qui nous engloutit, mais nous qui avons avalé un magnétophone, après y avoir enregistré des phrases du genre : « C’est la vie, il faut faire avec. » Ces répétitions deviennent des slogans qui nous bercent et nous empêchent de changer d’avis.


Toutefois, il y a d’autres catégories d’individus :


Les « lézards » : ils profitent à fond du rayonnement du soleil sur la petite plage de la calanque de Sugiton. Ils n’ont pas besoin d’un grand espace pour prendre du bon temps, et se complaisent dans une satisfaction tranquille. Ils ne voient pas venir la chute de pierres. Une scène du film d’Henri-Georges Clouzot, « Le salaire de la peur », aurait été tournée précisément dans cette calanque, dans les années cinquante. Si l’acteur Peter Van Eyck a su résoudre le problème d’une chute de pierres, Yves Montant, Folco Lulli, et pire encore, Charles Vanel ne maîtrisaient pas la situation.


Les intrépides : ils ont pour mérite d’avoir dépassé le stade de la fatalité. Ils embarquent sur un matelas pneumatique. Toutefois, les vagues de la mer finissent tôt ou tard par les faire chavirer. Toujours dans le film de Georges Clouzot, les écueils ont finalement eu raison des quatre protagonistes. Pour être libres de retourner dans leurs pays d’origine, ils ont voulu gagner un salaire. Cependant, leur aventure était périlleuse et trois d’entre eux en sont morts. Yves Montant les a suivis de près. Une fois le danger passé, cet acteur a vaincu sa peur. Mais, devenu trop confiant en ses possibilités, son tort a été de refuser l’aide d’un chauffeur. Ce dernier lui aurait pourtant permis de retourner au bercail sain et sauf.


Quelle est donc la solution pour gagner le large en toute sécurité ?

Juliette, l’héroïne de mon roman, connaît, en une année de vie seulement, plusieurs rochers en forme de baleines. Va-t-elle parvenir à tous les contourner, sans se mettre en danger ? Assis dans votre fauteuil préféré, ou mieux encore, sur la petite plage de la calanque de Sugiton, vous pouvez vous plonger dans son histoire, en toute sécurité. Cette jeune fille est prête à vous répondre.

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